samedi 31 mars 2012

Jour 26 - Misahualli sous la pluie

La nuit fut entrecoupée de quelques périodes de grattage de pied. J'avais osé passer une partie de la journée d'hier pieds nus, tel un vacancier, mais j'ai eu à en payer le prix. Mes pieds et mes chevilles rosée furent un régal pour les différents insects. Bien qu'à chaque pas je détruisait probablement des familles entières d'insects minuscules, les survivant ont tot fait de prendre les armes et me faire payer ma tyranie. Comme dit si bien Linda Tremblay, "Et oui". Je décida donc de mettre mes bas en imaginant que ce geste allait arrêter les démangeaisons. Il est grand le mystère de la foi. J'étais déterminé à dormir, la passe des bas fonctionna. Je me demandais si ce n'était pas le lit qui abritait des petites fourmis mais je décida que non sous le principe que le fourmis ne se contenteraient pas de mes pieds. Ce tour de passe-passe psycho-somatique me permis de me rendormir jusqu'au petit matin. 

Le déjeuner est servi entre 7h30 et 10h30. Concidérant que je me contente d'un seul autre repas dans la journée, je m'arrange pour pas le manquer. La constante du déjeuner est 3 petits pains, un verre de jus fraîchement pressé, de la marmelade, du beurre, un carré de fromage, du café, un oeuf et un fruit. La canne à sucre d'aujourd'hui avait été remplacé par une tranche d'ananas. Je regrettais pas trop ma dose de sucre. J'eus senti (plus-que-passé?) ses effets pendant un bon bout de la journée de la veille. L'ananas allait faire l'affaire. Ma flore du matin était, à l'image des autres matins, pas trop rassurante. Je crois que si j'arrêtais de m'en faire, elle irait braucoup mieux. Mais bon, qui sait. Pour l'instant je me permet un mini-stress donc, pas d'alerte rouge, pas de panique générale, juste un petit feeling incommodant qui s'estompe avec la bière d'après-midi pour me rappeler que je suis loin de chez moi. Qui prend mari prend pays. Vive la France.

Je suis le dernier à manger. Le couple d'allemand arrivé la veille quittait déjà pour l'aventure et la dame de 223 ans examinait une carte de la région pour enligner sa journée. J'ai beaucoup de respect pour elle. Sa bouche tremble quand elle parle tellement elle a vécu mais elle est la première à partir avec seulement une petite bouteille d'eau pour découvrir les canibales de la réserve d'à côté. Elle disait elle même que c'était peut-être son dernier voyage. De mon hamac, je prends une gorgée de bière à sa santé.

Je m'instale donc à la table qu'Antoine avait préparé pour moi, Popo à mes côté attendait avec patience le petit morceau de pain que j'allais lui donner. Je mangea tranquilement et retourna me coucher. Todo bien! J'en ai souvent parlé mais c'était la première fois que je passais à l'acte. En plus, la pluie venait de commencer. Quelle belle opportunité de faire la sieste en écoutant la pluie tomber sur le toit de paille. Je m'étais donné le droit de dormir tant que la pluie tombait. Bel étalon.

Vers 12h30, mon ami allemand me réveilla en me demanda à travers le moustiquaire si j'étais intéressé à partir en expédition avec eux. Le guide passait les prendre vers 13h00 et une place était disponnible pour moi. Bel attention. Je le remercia profondément et déclina gentillement son offre. Je n'avais aujourd'hui aucunement l'intention de me retrouver au pays des insects géants à marcher sous la pluie avec un allemand qui ne désire qu'accélérer le pas pour être certain de tout voir. Culture pour culture, mon nouvel ami est très gentil mais nos objectifs diffèrent énormément, et c'est tant mieux. Il pourra me raconter tout ce qu'il a vu et je lui raconterai tout ce que j'ai bu! Mais non maman, pas tant que ça. :)

Il est 13h30, je sors enfin de ma cabine. Je dois avouer que je voulais être certain que mes amis allemands soient parti avant de sortir de ma chambre. Je voulais avoir un deuxième réveil tout en douceur. Je prend mon pad et me rend à l'accès wifi pour surfer un peu. Après quelques minutes et quelques hësitations, Antoine me confie que de nouveaux logeurs doivent arriver durant l'après-midi. Jusque là, je ne comprenais pas l'hésitation. Il ajoute qu'il n'avait plus de cigarette. Ah là je commence à comprendre. Je lui demande si il aimerait que tienne maison durant son absence, il me confie plutot qu'il aimerait bien que je fasse la course pour lui. La situation est très comique. Ça me fait bien plaisir de partir à la recherche de cigarettes pour lui. Il m'explique pas où passer pour atteindre la tienda et l'idée m'enchante encore plus. L'emplacement est tout sauf stratégique. Premièrement, il faut repérer le chemin, pas la rue, le chemin. Il faut aller jusqu'au bout puis tourner à gauche. Après qurlques maisons je trouverai la tienda et je la reconnaîtrai aux trois caniches qui m'accueilleront. Je précise, à défaut de repérer l'enseigne, je dois trouver les trois caniches qui me guideront vers le point de service. Voilà le type d'activité qui me plait. Bien plus immersif d'après-moi qu'une balade en pirogue. Mais bon, ça reste mon avis. L'argent dans la poche, les indications dans mon tirroir de la mémoire, je suis pret. 

Passer devant le premier chemin. Bon, ça commence. J'étais pret à trouver un chemin mais ici on dirait une entrée privée. Est-ce que je m'aventure chez quelqu'un ou suis-je à la bonne place? Je vois un peu plus loin une deuxième maison, puis une troisième. Bravo, ceci est bien un chemin. Je dois souvent me fier aux cordes-à-linge pour en convenir que les lieux sont habités. Sinon les lieux ressemblent plus à des chantiers de construction ou à des chantiers de démolition mais rarement à des maisons. Je commence à comprendre tranquilement quelles sont les étapes pour construire une maison ici. On monte une boîte en bloc de ciment à laquelle on laisse l'ouverture pour la porte et quelques ouverture pour des fenêtres. On instale des feuilles de tôle ondulées comme un casse-tête ou une courte pointe. On tend un fil électrique de la rue vers la maison et voilà, nous avons une habitation. Certains ont un toit solide sur lequel est aménagé une terrasse avec les cordes à linge. On a bien entendu sauté l'étape du revêtement mural, de l'habillage de fenêtre et de la climatisation. 

Pour les coquets, le mur de bloc de ciment est recouvert d'une couche de ciment pour égaliser le tout. Cette étape fait toute la différence dans l'estétique visuelle de la construction mais cette coquetterie n'est pas pour tous et chacuns. Ajoutons à ça quelques poules, des chiens, des jardins et une télévision et vous avez la maison typique misahualienne. J'aurais pleins de bonnes photos à faire pour détailler mes écrits mais je trouve que je dépasse les bornes du touriste quand je sors mon iPhone pour prendre la misère en photo. C'est probablement dans ma tête mais j'ai un problème avec ça. La petite madame de 185 ans qui marche dans la rue, pliée en deux, avec un sac de grains plus gros qu'elle sur son dos désire probablement un peu d'aide au lieu de se faire prendre en photo. Ça m'est arrivé souvent. J'me dis que, si j'ai le goût de la prendre en photo, je dois l'aider à porter son sac au moins un peu et habituellement j'ai pas assez le goût de l'aider donc, je range mon iPhone.

Quelques chiens, poules, dindes et canards plus tard, j'arrive au bout du chemin. Je tourne à gauche, passe devant trois maisons et en remarque une dont la fenêtre laisse entrevoir des biens cordés sur une tablette. lorsque je voyais dans les maisons, les pièces étaient toujours vide. Celle-là ressortait du tas. À bon vin point d'enseigne! Le vin ici devait être excellent. Rien, mais rien, à l'extérieur indiquait la présence d'un commerce. Seul les trois caniches confirmaient mon idée. J'étais à la bonne place. La dame arriva à la fenêtre, je lui demanda le paquet de cigarette, elle me le donna, me demanda 1,50$ que je lui remis et voilà, ma mission était accomplie! Je ne me serais jamais aventuré là sans mission. Merci au besoin de nicotine d'Antoine!

De retour à l'hostal, je remis le paquet à Antoine qui était bien content se fumer et il m'offrit de partager sa bière. Voilà un bel échange. Je profita du reste de l'après midi pour écrire ma journée bien alongé dans un hamac en écoutant la pluie qui venait de recommencer à tomber. Petite vie petite vie.

Vers 16h je parti à l'aventure avec l'espoir de revoir mes amis les singes. La plage était déserte, mes amis étaient sur la place centrale du village. Je pris une petite marche dans les environs en empruntant un chemin qui ressemblait à celui emprunté plus tot. J'avançais sans trop savoir où j'allais. Je regardais le soleil qui se couchait rapidement choisis de revenir au village pour y trouver mon souper. Ce fut une saucisse et un burrito au poulet que je partagea avec Popo et les singes du village. J'ai beaucoup aimé partager un banc de parc avec un petit singe qui mangeait ce que je lui donnais. Il était calme, détendu, non chalant et ne s'en faisait pas trop avec la vie. J'étais beaucoup plus impressionné de la voir que lui de me voir. Il a même donné à un chien son restant de saucisse que je venais de lui donner. J'ai beaucoup à apprendre de cette petite bête. Et c'est officiel, Popo n'aime pas les singes. Il n'aime pas se faire tirer la queue ou la patte. Popo n'impressionne aucun singes et ces singes sont habitués de se foutre de la geule de chiens bien plus gros que Popo. J'avoue que je garde Popo en laisse quand les singes sont près. Il ne sont pas bien gros mais le plus gros serait provablement cappable de le traîner un peu. Bref, j'aime beaucoup mes nouveaux amis. 

De retour à l'hostal, je remarque qu'un couple d'américain avec un petit bébé sont dans la piscine et qu'un ami d'Antoine est venu le rejoindre pour le week-end. Je tente de prendre mes emails mais la connection n'est pas très bonne. Je décide de regagner ma chambre mais la petite famille vient de regagner ses quartiers qui sont juste au dessus de ma chambre. Beaucoup de bruits, ça change tu temps où j'étais seul dans le complexe. Je regagne donc un hamac à l'extérieur et poursuis ma rédaction. Entre-temps, mes amis allemands reviennent de leur expédition dans la jungle. Popo ne les aime pas dutout et jappe après eux comme si c'était la fin du monde. Pauvre Popo, je ne sais trop quoi faire, il ferait un excellent chien de garde mais une très mausaise carte de visite. Il adore foncer sur les gens en jappant à pleine gueule. Lorsque l'alarme est déclanchée, rien ne peut l'arrêter. Je sais qu'il ne mord pas mais ses cibles ne sont pas au courant. J'avoue que si un petit chien venait vers moi de cette manière, c'est un beau coup de pied préventif qu'il recevrait. Je déteste les petits chiens qui jappent, bien plus que les gros chiens. J'ai l'impression que le gros chien connais sa force et agit en connaissance de cause. Le petit chien tant qu'à lui est sur une toute autre planète, a aucune idée de ce qui se passe et mise le tout pour le tout. Pauvre Popo, il a peur de tout et voit tout comme une menace. Pauvre Popo.

Entre-temps, je me suis un peu invité à sortir avec mon hôte et son ami. Sachant qu'ils allaient sortir, je leur demanda si ils sortaient à Misahualli ou à Tena. Antoine me répondit qu'ils allaient se faire un billard à Misahualli. Je répondit que c'était bien... ...en laissant un silence assez long pour que les règles de politesse l'amène à m'inviter à y aller avec eux et ce, du bout des lèvres. J'aurais, en temps normal, décliné l'offre qui sonnait beaucoup plus diplomatique qu'invitante mais le calcul dans ma tête faisait en sorte que j'aimais mieux sortir et découvrir Misahualli by night même si je devais jouer le rôle de la troisième roue du charriot. Sinon, j'allais passer la soirée à essayer de dormir dans ma chambre en déchiffrant tous les mouvements de la petite famille qui loge au dessus de ma tête. Et quelle autre chance j'aurai de découvrir ce petit village un vendredi soir. Voilà. Mon raisonnement est probablement bien trop compliqué pour rien mais la conclusion fait mon affaire.

Je pars à ma chambre changer de t-shirt. Je crois bon changer le t-shirt que j'ai sur le dos pour un autre. Le t-shirt actuel est rose avec un gros imprimé du stroumph à lunette, rien pour passer innapercu. Le seul t-shirt noir que j'ai avec moi a un gros imprimé de Papa stroumph sur le devant. Décidément. J'ai deux autres t-shirt noirs mais eux, affichent des têtes de morts. Je sais pas trop j'avais quoi en tête quand j'ai fait mon sac. Au Québec, les stroumph et les têtes de mort passent innapercus. Rendu ici, j'ai l'impression que c'est pas pareil. Bon, c'est pas vraiement des tête de mort. Un t-shirt de pirate et un t-shirt de Motley Crue, mais quand-même. Je pensais pas que, perdu dans la jungle, j'aurais de la difficulté à choisir quoi mettre pour sortir. 

Quand soudain, éclaire de géni! J'ai tendance à penser qu'on reconnait que je suis différent à mon habillement. Ici, même habillé tout en noir ou tout en vert, je reste différent. Je garde donc mon chandail rose du stroumph à lunette. C'est un peu nono de penser que je peux me fondre dans la masse ici. Je suis plus grand que tout le monde. Ah oui, j'oubliais, et je suis blanc.

Je décide donc de mettre mon t-shirt de pirate et de boire une petite grosse bière en attendant que mes amis pris au piège soient pret. Surprise! Mes amis sont parti sans moi. Mieux vaut être seul que mal accompagné? Note à moi-même: Toujours écouter mon petit doigt. Vive la france.

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