lundi 23 avril 2012

Jour 47 - Nuit au millieu du monde

Au réveil, sans préambule, Daniel s'exclama "Vamos à la campagne". Et c'était sur ces mots que, tous les quatres, nous nous préparrions à partir poir le centre du monde. Daniel suggéra d'apporter un sac-à-dos pour traîner notre sac-de-couchage, au cas où nous trouvions une opportunité pour la nuit. J'aimais la manière de dire qu'on s'en allait en camping.

On s'enlignait pour un beau voyage en autobus. Daniella, l'amie de Daniel, s'était joint à nous et était venue, à ma grande surprise, avec son camion. Pas d'autobus pour moi aujourd'hui! On attend que tout le monde soit pret et on quitte. 

Rendu au centre-du-monde, on arrête faire des courses. On achète quelques légumes, du riz, de l'eau et un sandwich à la crème glacée. J'ai de la difficulté à me situer dans nos plans. Je ne comprends pas vraiement où on s'en va et qu'est-ce qu'on s'en va y faire mais je suis rendu bon pour suivre la vague alors, je suis la vague. 

On passe devant le monument représentant le centre du monde. À ce moment, Daniel nous annonça que nous étions sur la ligne de l'équateur. Voilà, c'était fait. J'avais traversé de l'hémisphère sud pour revenir au nord. Et non, je n'ai pas fait le truc de l'eau qui tourne de l'autre côté.

Premier arrêt, le Mirador. Après avoir monté en camion tout en haut d'une montagne, on s'arrêtait pour aller admirer la vue. On se trouvait à être sur le bord de la bouche d'un volcan nommé le Pululahua. Devant, en bas, un petit village agraire s'était installé dans la plaine qu'avait formé la gorge du volcan. Il y a longtemps, ce volcan crachait du feu et faisait trembler la terre. Les animaux qui survivaient mourraient plus loin. Aujourd'hui, c'était un lieu paysible et tranquile.

Vamos! On regagne le camion et on quitte vers un lieu encore inconnu. Daniel avait visité ce lieu il y avait 20 ans. On allait donc découvrir comment le lieu avait vieilli. Le camion descendi par un petit chemin en "S" jusque dans une vallée et nous débarqua à une intersection. Daniella retournait à Quito avec le camion de peur que la pluie n'empêche le camion de prendre la route pour le retour. Tous les chemins étaient à flan de montagne et la route, ou la montagne, s'était dégradée à certains endroits. De petits éboulements de terrain ou des petits bouts de routes tombée dans le ravin. L'aventure commençait ici. Dans trop savoir directions ou distances, nous étions en route chargés de nos sacs-à-dos et nos bouteilles d'eau, sans oublier Popo.

On avait pris notre temps ce matin. On avait l'ultimatum du coucher de soleil et l'embêtement de la pluie intermitente. Après un moment à marcher, le vote pour la pause repas passa à l'unanimité. Nous avions faim. Les sacs séposés sur le sol, sur un chemin entouré d'arbres et parsemé de vaches et de chevaux, la cuisine pris 30 secondes à s'improvisé. Le riz était en train de chauffer et je coupais des légumes sur une pierre plate juste à côté. J'étais bien heureux de voyager avec des cuisiniers.

Le repas avalé, un "Vamos!" déclencha la reprise de la marche. Quelques gouttes de pluie nous encourageait à tenir la cadence. Deux cyclistes interrogés par Daniel nous indiquèrent un chemin à prendre pour rejoindre un gite. Leur carte montrait des chemins complexes à plusieurs courbes. Je ne savais trop si la direction était claire mais on avançait, comme d'habitude, au feeling. 

Quelques maisons apparaissaient le long du chemin. On croisait un micro-village dont la Tienda tenait lieu de centre culturel, de salle de musique, de bar, et d'épicerie. En passant devant cette Tienda, on se vit invité du coup à partager leur verre et leurs histoires. Je trouvais la situation très amusante mais tentais de ne pas trop croiser de regards pour éviter d'avoir à comprendre ce qui se passait. Les vieux et les moins vieux, tous plus étranges les uns des autres à cause de l'alcool sans nom qu'ils buvaient ou d'une consanguinité probable, faisaient parti d'un même film qui se passait dans ma tête. Chaque seconde était remplie d'intensité, de caractère, d'histoire et de bonne humeure. Sans avoir à comprendre, les intonnations et le rythme des conteurs me permettait de suivre leurs aventures non comme un récit mais comme une musique, avec une mise en scène, un élément perturbateur, une montée et une conclusion surprenante se perdant dans des rires joyeux. Le plus drole était celui avec le moins de dents. J'avais beau me forcer, je ne comprennait rien de ce qu'il disait même si il m'a beaucoup fait rire.

On ne resta que le temps de recueillir des bribes d'informations qui nous encourageaient à poursuivre notre route vers une destination encore très floue. Daniel semblait dirriger notre petit groupe vers un hostal pouvant nous accueillir pour la nuit. En tant que bon petit groupe, nous avancions de bon pas vers ce toit inconnu. Ce toit était proche d'une maison nommée "Neblina". Après un certain temps, Une maison nommée "Neblina" croisa notre chemin. Daniel salua les personnes y vivant et s'informa sur l'hostal recherché. La dame de l'endroit confirma que cet hostal était fermé depuis quelques années. Nous étions bien au fond de la bouche du volvan et n'avions donc aucun endroit pour dormir. En laissant le silence parler, la dame, entouré de ses enfants, de sa famille et de ses poules, pour répondre à notre besoin d'un toit pour la nuit, nous offra le toit qui recouvrait l'entrée de la maison. Il y avait assez de places pour nous installer mais nous nous trouvions à être en plein dans l'entrée de sa maison. Bien heureux d'avoir un toit, les détails concernants la précarité des lieux nous étaient complètement indifférents. Il était, de loin, bien mieux de dormir ici que de retourner à pied vers la civilisation que nous avions quitté beaucoup plus tot dans la journée.

Voyant notre entousiasme et notre joie d'avoir trouvé un toit, la dame se permit un moment de réflection et nous proposa une chambre fermé à même la maison. Nous nous retrouvions donc avec nos appartement à nous, notre propre porte pour sortir et entrer, une lumière pour nous orienter et une maman chien et ses quatre bébés pour nous rappeler que nous n'étions pas les premiers occupants des lieux. Il y avait biensur les rats et les quelques insectes mais, encore là, nous n'étions pas dérangés. Nous avions notre chambre à l'abris du soleil du matin et de la pluie de la nuit. Je tiens à préciser que nos quartiers ressemblaient plus à un site archéologique ou à une crèche datant d'au moins 2000 ans dont une des trois pièces avait un plancher de bois. C'est dans cette pièce que nous logions. 

Une petite marche à la tienda croisée plus tôt renfloua nos vivres. Je pris la peine de ramasser une bouteille de cet alcool sans nom, brassé maison et versée dans une bouteille de coca-cola. Je ne pourrais dire ce que le goût m'inspirait mais j'ai appris, sur le chemin du retour, qu'il était permis de mélanger ce liquide avec de la cervesa. Surtout le matin. J'imagine que le houblon de la dite cervesa remplace la portion de pain et céréale matinale. Vive la culture.

Le retour au gite fut rendu possible grâce à la lumière sur le téléphone de Daniel. Il était 6h30 passé, la nuit était tombée. Toute la journée, les montagnes autour de nous, avaient la tête dans les nuages. La nuit ne faisait pas exception, le plafond était très bas, aucune étoile à l'horizon. Après avoir marché une bonne partie de la journée, le dodo ne fut pas très difficile à aller chercher. Avec 2 coussins à chaise-longues de travers, nous étions bien cordé, chacun dans son sac-de-couchage, comme 4 hot-dogs sur une petite planche à découper. Vive la nuit, vive notre toit, vive nos deux coussins et vive les petits bruits qui nous chantaient la chanson de la nuit.

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